28 novembre jour de deuil / par Mary verdier

28-11-2019 19:30 – En Mauritanie, jour de fête nationale et de deuil

La Croix – Le 28 novembre, la Mauritanie célèbre son indépendance. C’est aussi jour de commémoration du massacre d’Inal en 1990. Les veuves et les orphelins réclament au nouveau président Ghazouani la fin de l’impunité.

Mohamed Ghazouani, le nouveau président à la tête de la Mauritanie depuis le mois d’août, est particulièrement attendu au tournant. Pour la fête nationale célébrée le 28 novembre, va-t-il donner des signes pour en finir avec l’impunité qui prévaut en Mauritanie depuis 26 ans ? Va-t-il laisser les manifestations qui commémorent le massacre d’Inal se dérouler dans le calme sans répression ?

Car la fête de l’indépendance coïncide avec le souvenir douloureux des 28 militaires pendus par l’armée le 27 novembre 1990 à Inal, dans le nord-ouest du pays. Toutes les victimes étaient des noirs mauritaniens qui auraient prétendument préparé un coup d’État. Le massacre d’Inal ne fut pas une exception.

Chape de plomb sur les massacres

La lumière sur les assassinats de noirs mauritaniens – victimes d’un racisme d’État dans un pays revendiquant une identité maure arabe – pendant les troubles années 1989-1991 n’a jamais été faite. « On estime que 540 militaires ont été tués et plusieurs centaines de civils, toujours dans des fosses communes », rapporte Fatimata Mbaye, présidente de l’association mauritanienne des droits de l’homme.

C’est sans compter les dizaines de milliers qui furent déportés ou contraints de fuir vers le Sénégal et le Mali. « Très peu sont finalement revenus, leurs documents d’identité ayant été détruits, y compris les registres, l’État nie leur nationalité mauritanienne », ajoute Fatimata Mbaye.

Or en 1993, une loi d’amnistie jetait une chape de plomb sur ces massacres. Les veuves et les orphelins sont depuis lors poursuivis parce qu’ils réclament justice. « Chaque année la police nous harcèle, elle arrache nos photos et nos banderoles », s’indigne Maimouna Alpha Sy, représentante du collectif des veuves.

Les veuves et les orphelins harcelés

Le 28 novembre 2017, pour avoir manifesté, Maimouna Alpha Sy était même arrêtée et détenue pendant six jours avec quatre membres de son association. Puis, en juillet 2018, elle était empêchée de quitter le territoire, alors qu’elle devait participer à Genève à l’examen de la Mauritanie par le comité contre la torture des Nations Unies. « On ne sait même pas où sont enterrés nos morts. Pas une seule famille a récupéré un corps », tempête-t-elle.

« Nous aussi nous voulons montrer notre souffrance et notre colère », témoigne Abdulaye Dia, un « flamiste », membre du Flam (forces de libération africaines de Mauritanie, mouvement interdit en Mauritanie), en exil à Paris depuis 1999.

Les flamistes iront manifester ce jeudi après-midi devant l’ambassade de Mauritanie contre la ségrégation raciale opérée par les Maures blancs qui défendent l’arabité du pays à l’encontre des castes inférieures, des Haratines (Maures noirs, anciens esclaves) et des populations négro-mauritaniennes Puular, Soninké, ou parlant le wolof.

« Cette question de l’identité associée au partage du pouvoir et de la ségrégation est explosive, relève Fatimata Mbaye. Les résultats des recensements de 1998 et de 2012 n’ont jamais été publiés ».

Marie Verdier

عن المدير الناشر سليمان عباس

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